Après plus de trois mois de retard, le voici enfin...
Chapitre 3
A l'instant même où le toit de l'auberge s'effondrait en un craquement sinistre, Nowilam se jeta par la fenêtre en ignorant ostensiblement la douleur qui irradiait son corps alors que les premiers éclats de verre entaillaient sa peau. La tunique ensanglantée, elle se fraya difficilement un chemin parmi l'attroupement de badauds horrifiés qui s'était agglutinés devant la taverne. Des cris inhumains s'élevaient dans la nuit noire, reflets d'une indicible souffrance. Les Mercenaires du Chaos étaient en train de brûler vifs. Les relents de fumée commençaient à se faire sentir, accompagnés par l'éc½urante odeur de la chair calcinée des assassins. La taverne étant intégralement bâtie en bois, le feu avait rapidement gagné la cave dans laquelle plusieurs barils de vin étaient abrités. L'alcool aidant, l'incendie avait prit une ampleur considérable. Nowilam croisa plusieurs gardes d'Al-Far qui, alertés par par la fumée, se précipitaient vers le brasier. La jeune fille courut sans s'arrêter un long moment.
Les autochtones s'écartaient d'un ai étonné sur son passage; rien ne semblait pouvoir stopper sa course effrénée. Lorsque la jeune fille estima que la distance la séparant de l'auberge était assez étendue, elle se stoppa et tenta frénétiquement de récupérer son souffle. Pliée en deux, elle s'assit dans l'angle obscur d'une ruelle.
Il lui fallait analyser la situation.
Auberge détruite. Marwina et Andil morts.
Un poignard, cinq étoiles de jet, un carquois, un arc, et vingt flèches.
Marwina et Andil morts. Non! Ne pas se laisser emporter par le désespoir, il fallait qu'elle soit forte, qu'elle...
Nowilam baissa la tête et éclata en sanglot.
Plusieurs heures plus tard, le jeune fille s'éveilla après un sommeil lourd et sans rêves. Elle se sentait vidée, inapte à réfléchir, à prendre une quelconque décision. Prostrée sur le sol,les genoux ramenés contre la poitrine, Nowilam tenta d'imaginer ce que serait la vie dans la rue. Elle pourrait vivre de vols ou de charité, comme tous les gamins pauvres ou orphelins d'Al-Far. C'était la dure réalité de cette ville, on ne pouvait survivre pacifiquement si l'on ne possédait rien. Elle devrait changer de nom, les nobles étant très mal vus dans les quartiers mal famés, et se montrer sans pitié envers ses agresseurs. Il ne lui restait qu'à trouver une bande d'enfants errants, et elle se joindrait à eux pour survivre. Nowilam se releva avec précaution, grimaçant sous les multiples ecchymoses et contusions qui couvraient son corps. Sa tunique était déchirée en plusieurs endroits et présentait de nombreuses taches écarlates. Le visage couvert de cendres et de poussières, les cheveux ternes et emmêles, elle avait tous les caractéristiques d'un gamin des rues inoffensif. Chargeant son arc et son carquois sur son dos, la jeune fille s'éloigna de la sinistre ruelle dans laquelle elle s'était réfugiée et inspecta les alentours; dans le vainc espoir de découvrir un indice lui indiquant la direction à prendre. Mais quelle direction? Elle n'avait plus aucun but. Plus de famille. Plus rien. Serrant les poings de douleur, Nowilam s'avança d'un pas décidé vers le marché au centre d'Al-Far, meilleur endroit pour dénicher une bande à laquelle se joindre. Toujours aller de l'avant. Toujours.
Elle déboucha bientôt sur l'emplacement du commerce, et, malgré l'heure matinale, une grande activité y régnait déjà. Les marchands s'activaient, déplaçaient des caisses, servaient leurs premiers clients et s'époumonaient à annoncer leurs réductions à qui voulait l'entendre. Nowilam n'eut aucun mal à repérer une bande de jeunes voleurs, qui se faufilaient discrètement entre les passants en glissant parfois une main dans leurs sac et en y ressortant bijoux ou autres objets de valeur. Nowilam s'approcha d'un jeune garçon qu'elle venait de voir subtiliser une chaîne en or et lui tapota l'épaule. L'enfant sursauta d'un air horrifié, avec l'air du voleur prit en faute.
- Me touche pas! Me touche pas! S'exclama t-il, nerveux.
- Arrête de crier. Je t'ai vu voler cette chaîne, moi aussi, je peux t'aider.
L'enfant la contempla d'un oeil suspicieux.
- Nous ne prenons pas de filles dans la bande.
-Non?
-Non.
Nowilam l'empoigna par le col, bien décidée à s'affirmer.
- Comment t'apelles tu?
- El...Elin..., bafouilla l'enfant, terrorisé.
- Ecoute moi bien, Elin, tu vas m'amener auprès de ton chef. Maintenant.
- Je...
- Tu as compris ou tu veux que je répète?
-Non, non... Suis moi...
Le regard fuyant, l'enfant se dégagea de l'emprise de la jeune fille s'immisça dans la foule bruyante. Il espérait être séparé d'elle par la cohue mais constata avec dépit qu'elle le suivait de près. Elin finit par sortir du quatier du marché et il conduisit Nowilam à travers d'innombrables venelles sombres où une ambiance glauque et morbide semblait dominer l'atmosphère. L'enfant s'arrêta enfin devant une batisse délabrée et poussièreuse, et il poussa avec précaution le battant de la lourde porte d'entrée. Une chaleur étouffante régnait à l'intérieur, ainsi qu'une odeur putride de rat en décomposition. Elin poursuivit sa route et guida Nowilam à l'étage, où il pénétra dans ce qui semblait être une salle de séjour. L'obscurité d'abord omniprésente régnant dans la maison se retrouvait renforcée par l'absence de fenêtres dans cette pièce d'où l'on ne pouvait distinguer le fond, hormis des formes au contour flou et imprécis. Une voix doucereuse aux sonorités profondes s'éleva alors, incitant Elin à s'approcher.
- Elin, mon petit, que fais tu là? Ou sont tes petits camarades? Ne vous avais-je pas recommandé de ne pas venir avant d'amasser une somme considérable?
Etrangement, le son de cette voix semblait terroriser l'enfant, qui en perdait tous ces moyens.
- Maî...Maîtresse, cette fille veut... rejoindre la... la bande...
- Une fille, dis tu? Voyons voir ça.
Une flamme apparut et éclaira faiblement la pièce. Une femme tenait la bougie dans sa main droite.
Elle était jeune, belle, et couverte de bijoux. Mais ce qui la rendait répugnante, repoussante au point d'avoir envie de fuir à toutes jambes était son regard; avide, vorace, cupide, insatiable.
- Tu es bien téméraire de vouloir te joindre à nous, jeune fille. Seulement...J'ai horreur des femelles.
Un éclair argenté fendit l'air, et Nowilam, par un prodigieux réflexe, se jeta au sol pour éviter l'étoile de jet qui fusait sur elle. Le coeur battant, elle saisit son poignard, prête à défendre chèrement sa vie.
- Tu n'es pas si stupide, c'est bien. Je vais te laisser un chance, mais écoutes moi bien. Chaque objet que tu arriveras à récolter me reviendra, tu devras aussitôt me le remettre.En échange, je te promets le gite et le couvert. Est-ce clair?
- Limpide, répondit Nowilam, impassible.
- A la moindre incartade, je te tue, déclara l'horrible femme en léchant la lame de son poignard avec volupté.
Nowilam tourna les talons et sortit de la pièce. Combien de temps devrait-elle vivre ainsi?
A suivre...
J'espère que ce chapitre vous a plu x)
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